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Le frère Claude Geffré, du couvent Saint-Jacques à Paris est théologien. Il s'est particulièrement intéressé aux questions d'herméneutique.
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La Parabole des Talents

Homélie prononcée le dimanche 16 novembre 2008 au couvent Saint-Jacques, à Paris.

Évangile selon saint Matthieu, 25, 14-30.

Au temps de Jésus, un talent est une pièce de monnaie. À vrai dire, c’est beaucoup plus qu’une pièce, c’est un lingot qui peut être d’or ou d’argent et qui correspondrait à plusieurs milliers d’euros aujourd’hui.

Ainsi, à première vue, la parabole des talents fait l’apologie de l’économie de marché, ou bien elle illustre le slogan gouvernemental que nous connaissons bien : « Travailler plus pour gagner plus ». Le serviteur bon et fidèle, c’est celui qui a reçu cinq talents et qui s’est démené pour en gagner cinq autres. De même, celui qui en a reçu deux en rapporte quatre.

Il semble que Jésus reprenne à son compte la loi cruelle de notre monde : ce sont toujours les plus forts, les plus doués, les plus talentueux qui gagnent et ce sont les plus faibles, les moins doués qui perdent sur toute la ligne.

En fait, il s’agit de comprendre la loi de surabondance de l'Évangile. J’ai mieux compris le propos presque scandaleux de Jésus en le rapprochant de cette autre affirmation dans l’évangile de saint Jean : « Celui qui aime sa vie la perd, celui qui cesse de s’y attacher en ce monde la gagne pour la vie éternelle » (12,25).
Le seul crime du serviteur qui n’a reçu qu’un talent, c’est d’avoir eu peur. Il n’a pas eu confiance en lui. Il n’a pas cru au don qu’il avait reçu. Il a eu peur de le perdre et donc il l’a enfoui au lieu de prendre des risques pour le faire fructifier.

« Celui qui a recevra encore et sera dans l’abondance ». Cette phrase mystérieuse prend un sens si on la comprend comme une célébration de la vie qui ne nous appartient pas. Si nous avons la vie, ce n’est pas pour la garder jalousement. C’est pour la donner au risque de se perdre. Et paradoxalement, plus on donne et plus on reçoit. On connaît en effet une plénitude de vie au lieu de vivre chichement replié sur soi.

Nous n’avons pas tous reçu le don d’une foi à transporter les montagnes ou bien le charisme d’interpréter les Écritures ou les événements du monde et de l'Église. Mais beaucoup ont reçu le don de guérir, de consoler, de conseiller, d’accompagner selon la belle expression devenue courante aujourd’hui.

Dans le monde indifférent et impitoyable où nous vivons, ce serait déjà beaucoup si nous apprenions à faire ce que Wasili Grossman appelait dans son roman sur le Goulag le geste de la petite humanité.
Alors, j’en suis sûr, à son retour le Seigneur nous dira : « Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton maître ».

Fr. Claude Geffré o.p.