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Le combat du silence, vu par les chartreux

Se taire représente un véritable travail...

Le vrai silence n'est pas une fleur d'un jour, qui se cueille dès le début. Elle est un fruit qui mûrit au prix d'efforts longs et coûteux. Surtout dans les premiers temps, se taire représente un véritable travail, car il contredit les tendances spontanées de notre nature auxquelles nous avons coutume de céder. "Si nous y sommes fidèles, peu à peu, de notre silence même naît quelque chose en nous qui nous attire à plus de silence" (Statuts). Il faut du courage pour s'engager certains jours dans la voie du silence. Nous savons que c'est introduire le glaive en nous-mêmes : la paix n'apparaîtra que lorsqu'auront été expulsés ceux qui s'y opposaient.

"Longue est la route, arides et desséchés sont les chemins qu'il faut suivre jusqu'à la source, au pays de la promesse" (Statuts). Ne nous engageons pas à la légère ne direction du vrai silence. C'est une entreprise de longue haleine ; il serait inhumain de vouloir du jour au lendemain nous dépouiller de toutes sortes d'habitudes qui font corps avec nous-mêmes. Mais il serait malhonnête de nous engager sur le chemin que cela représente, sans être fermement décidés à traverser de longs espaces où rien ne viendra étancher notre soif.

Finalement, c'est le Seigneur lui-même qui sera l'épreuve la plus lourde à porter, si nous acceptons de le suivre au coeur du silence. "On ne peut entrer dans ce repos sans passer par l'épreuve d'un rude combat" (Statuts). Qui pourrait en effet affronter le silence de Dieu sans se faire brûler par le feu consumant qu'il est lui-même ?

Extrait de :

Paroles de Chartreux

Editeur Correrie de la Grande Chartreuse, 2004